A SAINT SEVER du MOUSTIER

 

Recherches et Hypothèses

 

La buffatière : Petit essai de paléo- ou archéo (allez savoir) symbolique sans prétention, prétexte à l 'enrichissement et utilisable par qui veut.

Quelques citations tirées des notes de "Les mythes grecs", Tome1, Robert Graves, Hachette/Pluriel, 1991.

Au printemps, il semble qu'on exécutait une danse Erotique de la perdrix en l'honneur de la déesse-Lune et que les danseurs mâles‚les boitaient et portaient des ailes. En Palestine, cette cérémonie, qu'on appelait Pesach ("le boitillement "), avait encore lieu, selon Jérome, à Beth-Hoglah (" l'autel du boiteux ") et les fidèles dansaient à l’intérieur d'une spirale. On a identifie Beth-Hoglah avec" l'aire d'Atad " sur laquelle avaient lieu les lamentations du deuil après la mort du roi boiteux Jacob, dont le nom signifie peut-être Jah-Aceb (" le dieu talon "). Jérémie met en garde les Juifs contre ces rites canaanites orgiaques : " La perdrix, dit-il , s'entoure de petits qu'elle n'a pas mis au monde." Anaphé, Olé située au Nord de la Crète, avec laquelle Minos avait conclu un pacte (voir 91. a), était célèbre dans l’antiquité parce que les perdrix s'y posaient lorsqu'elles Emigraient. (Dédale et Talos, note 2, p 337)

Le labyrinthe d'où Dédale et Icare s’échappèrent était un sol en mosaïque dont le dessin figurait un labyrinthe ; ils en suivaient les détours au cours de leur danse de la perdrix (voir 98. 2). C'est là un des aspects de la question. Mais la fuite de Dédale en Sicile, Cumes en Sardaigne, se rapporte peut-être à la fuite hors de Crète des artisans indigènes travaillant le bronze, à la suite de plusieurs invasions helléniques successives... (Dédale et Talos, note 4, p 337)

Dans la mythologie celtique, le labyrinthe en vint à signifier la tombe royale ... ; d’après Mitymologicum Magnum, qui le définit comme " une caverne dans la montagne ", et Eustathes (odyssée d'Homère XI, p. 1688) qui le définit comme "une caverne souterraine ", il semble que les Grecs primitifs aient eu également cette conception du labyrinthe. Lars Porsena l'Etrusque construisit sa tombe en forme de labyrinthe (Varron, cité par Pline : Histoire naturelle XXXVI. 91-93j, et il existait également des labyrinthes dans les cavernes des Cyclopes, c’est-à-dire préhelléniques, situées près de Nauplie (Strabon : VIII. 6.2) ; Samos (Pline : Histoire naturelle XXXIV. 83j ; et Lemnos (Pline : Histoire naturelle XXXVI. 90). Par conséquent, sortir du labyrinthe, c'est se réincarner. (Dédale et Talos, note 11, p 339) Thésée tuant Astérios à tête de taureau, appelé le Minotaure ou " Taureau de Minos ", son combat la lutte avec Tauros (" taureau ") ainsi que la capture du taureau crétois sont des versions différentes d'un mime événement ; Bolynthos qui donna son nom au Probalinthos attique est un mot crétois pour désigner le " taureau sauvage ". " Minos" était le titre d'une dynastie cnossienne qui avait pour emblème un taureau céleste - " Astérios " pourrait signifier " du soleil " ou " du ciel " - et il semble que ce soit sous l'aspect d'un taureau que le roi s'unissait rituellement la grande prêtresse sous la forme de la vache- Lune (voir 88. 7) . Un des éléments qui ont contribué constituer le mythe du labyrinthe était peut-être que le palais de Cnossos - la maison de la labris ou hache double - Etait un dédale de chambres et de corridors, et que les assaillants athéniens avaient eu quelques difficultés découvrir et tuer le roi après la prise du palais. Mais ce n'est pas tout. Il y avait, en face du palais, un théâtre servant la danse du labyrinthe réservé ceux qui exécutaient les danses Erotiques de printemps (voir 92. 4). L'origine de cette construction, qu'on appelle de nos jours un labyrinthe, semble avoir été le fourré traditionnel, en forme de labyrinthe, dont on se servait pour attirer la perdrix vers un de ses mâles, enfermé dans un enclos situé au centre et qui poussait des cris pour réclamer de la nourriture ou bien des cris amoureux ou bien encore des cris de guerre; les exécutants de ces danses de printemps imitaient probablement, par leurs boitillements, la danse d'amour des perdrix mâles (voir 9. 2j, qui étaient vouées être assommées par le chasseur (EcclÈsiaste XI. 30). (Thésée en Crête, note 2, p 367-368)

3. Une jarre Vin étrusque provenant de Tragliatella (Voir 104.4), sur laquelle figurent deux héros cheval, donne l'explication de la théorie religieuse de la danse de la perdrix. Le chef tient un bouclier portant l’emblème de la perdrix et un démon de la mort est perché derrière lui ; l'autre héros tient une lance et un bouclier sur lequel figure un canard. Derrière eux, un labyrinthe d'un modèle qu'on retrouve non seulement sur certaines monnaies de Cnossos, mais également dans les labyrinthes en gazon que parcouraient les écoliers Pâques, en Angleterre, jusqu'au XIXe siècle. L'amour-jalousie entraînait le roi sa mort - telle est l'explication que donne l'artiste qui représente la scène - de la mime faon que la perdrix est entraîne vers la mort dans le fourre en forme de labyrinthe - et son alter ego lui succédait. Seul un héros exceptionnel, tel Dédale ou Thèsée, en revenait vivant ; et, de ce point de vue, la découverte récente près de Bosinney, en Cornouailles, d'un labyrinthe crétois sculpté dans le roc est d'une grande importance. Le ravin où le docteur Renton Green remarqua pour la première fois le labyrinthe est un des derniers repaires des choucas de Cornouailles; cet oiseau abrite l'âme du roi Arthur - qui hersa l'enfer et avec qui Bosinney est étroitement lié dans la légende. Une danse du labyrinthe semble avoir été importée en Grande-Bretagne en provenance de la Méditerranée orientale, par des agriculteurs de l'âge néolithique, au IIIe millénaire avant J.-C., puisqu'on retrouve des labyrinthes en pierres brutes, semblables aux labyrinthes anglais en gazon, dans la zone " Beaker ", en Scandinavie et en Russie septentrionale ; on trouve également des labyrinthes, utilisés autrefois par l'Eglise pour des pénitences, dans le sud-est de l'Europe. On appelle généralement les labyrinthes en gazon anglais des villes de Troie, de mime les Caer-droia gallois. Les Romains leur donnèrent probablement ce nom d’après leurs propres Jeux de Troie, danse du labyrinthe exécutée par de jeunes aristocrates en l'honneur d'Enée le Troyen, ancêtre d'Auguste, mais, selon Pline, cette danse était également exécutée par des enfants dans la campagne italienne. (Thésée en Crète, note 3, 368)

A Cnossos, le culte du taureau céleste succéda au culte de la perdrix et les cercles exécutés par les danseurs représentaient les déplacements annuels des corps célestes. Si donc sept jeunes gens et sept jeunes filles y participaient, c'est qu'ils représentaient les sept Titans et Titanides du Soleil, de la Lune et des cinq planètes (voir 1. 3 et 43. 4) ; cependant, il n'existe aucune preuve solide du culte du Titan dans les oeuvres d'art crétoises. Il semble que la Danse de la Grue Délos - les grues exécutent aussi une danse d'amour - fût, de mime, assimilée une danse du labyrinthe. Dans certains labyrinthes, les danseurs tenaient une corde qui les aidait garder leur place les uns par rapport aux autres et exécuter leurs figures correctement ; c'est peut-être l ce qui a donné naissance la légende du peloton de ficelle (A.B. Cook: Journal d’Etudes hellÈniques XIV, 10I ss., 1949). A Athènes et sur le mont Sipylos, on appelait la danse la corde : cordax (Aristophane : Les nuées 540). Le spectacle qui avait lieu dans l’arène du taureau crétois consistait en démonstrations d'acrobaties exécutées par des jeunes gens et des jeunes filles qui, saisissant le taureau par les cornes au moment où il les chargeait, faisaient un saut périlleux entre les cornes et retombaient derrière lui. C’était là de toute évidence, un rite religieux. Ici aussi les danseurs personnifiaient peut-être les planètes..... (Thésée en Crète, note 4, 368-369)

Héphaistos et Athèna avaient des temples communs Athènes. " Héphaistos " provient peut-être d'une forme altérée" celui qui brille pendant le jour " (i. E. le soleil) qu'Athéna était la déesse de la lune, " celle qui brille pendant nuit ", patronne des arts de la forge et de tous arts mécaniques. Il n'est pas généralement admis que tous les outils ou les armes ou les instruments de l’âge du Bronze possédaient des propriétés magiques et que le forgeron fût une sorcier. Ainsi, des trois personnes de la triade de la Lune (voir 21. 4), l'une était la patronne des poètes, l'autre des forgerons, la troisième des médecins. Lorsque la déesse fut détrônée, le forgeron fut élève au rang de dieu. Le dieu forgeron boiteux est une tradition que l'on retrouve dans les pays très éloignes, comme l'Afrique occidentale et la Scandinavie ; dans les temps primitifs, on mutilait peut-être volontairement les forgerons afin de les empêcher de s'enfuir et de gagner les tribus ennemies. Mais on exécutait aussi une danse sautillante de la perdrix au cours d'orgies Erotiques rattachées aux mystères des Forgerons (voir 92. 2) et, comme Héphaistos avait épousé Aphrodite, il est possible qu'on l'ait mutilé et rendu boiteux seulement une fois par an : la Fête du Printemps. (HephaÔstos, caractéristiques et attributions. p 99, note 1)

A propos du forgeron et de son.... soufflet !

Forgerons et Alchimistes, Mircea Eliade, Flamarion/Champ, 1977 Les outils du forgeron participent également la sacralité. Le marteau, le soufflet, l'enclume se révèlent des êtres animés et merveilleux : ils passent pour pouvoir opérer par leur propre force magico-religieuse, sans l'aide du forgeron. Le forgeron de Togo parle, propos de ses outils, du " marteau et sa famille ". A Angola, le marteau est vénéré, parce que c'est lui qui forge les instruments nécessaires l'agriculture : il est traite comme un prince et câliné comme un enfant. Les Ogowe, qui ne connaissent pas le fer et donc ne le travaillent pas, vénèrent le soufflet des forgerons des tribus voisines.

Les Mossengere et les Ba Sakate croient que la dignité du maÓtre-forgeron est concentrée dans le soufflet. (p23)

Les Bailla, qui vivent isolés pendant toute la saison métallurgique, sont encore plus rigoureux : l'ouvrier qui a eu une pollution nocturne doit être purifié (ibid., p. I2I). Mimes tabous sexuels chez les Bakitara : si le fabricant de soufflets a eu des rapports sexuels au cours de son travail, les soufflets se rempliront constamment d'eau et refuseront de faire leur office (10).

10. Pourtant, toujours chez les Bakitara, "le forgeron qui fabrique ses propres soufflets, doit cohabiter avec sa femme dès qu'il les a achevés, pour les rendre solides et assurer leur fonctionnement" ; CLINE, ap. cit., p. II7. Chez les Ba Nyankole, le forgeron cohabite avec sa femme dès qu'un nouveau marteau vient d'être apporté dans sa cabane (ibid., p. IIB). On a affaire ici avec un symbolisme différent : l'outil est rendu "vivant" par sa sexualisation et en homologuant sa fonction l'acte générateur des humains. (p49 et note)

Mais la coopération entre le Forgeron divin et les Dieux ne se limite pas son concours dans le grand combat pour la souveraineté du monde. Le forgeron est Egalement l'architecte et l'artisan des Dieux. Kôshar façonne les arcs des Dieux, dirige la construction du palais de Baal, et Equipé les sanctuaires des autres divinités. Theodor Gaster remarque, en outre, que ce Dieu Forgeron a des rapports avec la musique et le chant. Sanchoniaton dit que Chusôr a Ègalement inventé l'art de "bien parler" et l'art de composer des incantations et des chants. Dans les textes ugaritiques, les chanteurs sont nommés kôtarât. La solidarité entre le métier de forgeron et le chant est clairement marquée dans le vocabulaire sémitique : l'arabe q-y-n, "forger, être forgeron" est apparenté aux termes hébreu, syriaque et Èthiopien désignant l'action de "chanter, entonner une lamentation funèbre" . Il est inutile de rappeler l’Etymologie du mot "poète" , du grec poiêtês, "fabricant ", "faiseur ", et le voisinage sémantique de 1'"artisan " et de 1'" artiste". Le sanskrit taksh, "fabriquer", est utilisé pour exprimer la composition des chants du Rig Veda (1, 62, 13; V, 2 II). Le vieux scandinave lotha-smithr, "chanson-forgeron " et le terme rhénan reimschmied,"poetaster", soulignent encore plus clairement les liens intimes entre la profession de forgeron et l'art du poète et du musicien (Gaster, ibid.). Selon Snorri, Odhin et ses prêtres s'appelaient "forgerons de chansons" (Ohlhaver, Ihe germanische Schmiede, p. Il). On a remarqué les mimes rapports chez les Turco-Tatars et les Mongols, où le forgeron se trouve associé aux héros, aux chantres et aux poètes (voir plus haut, p. 71). Il faut Egalement rappeler les Tsiganes nomades, à la fois forgerons, chaudronniers, musiciens, guérisseurs et diseurs de bonne aventure. Le nom que les Tsiganes se donnent eux-mêmes est, en Europe Rom, en Arménie Lom, en Perse Dom, en Syrie Dom ou Dum. ì Or, Ecrit Jules Bloch, dom est dans l'Inde le nom d'une tribu ou plutôt d'un conglomérat de tribus, très répandues et connues anciennement .....

Or il semble donc exister, des niveaux culturels différents (indice de très grande ancienneté), un lien intime entre l'art du forgeron, les sciences occultes (chamanisme, magie, guérison, etc.) et l'art de la chanson, de la danse et de la poésie. Ces techniques solidaires semblent, en outre, s'être transmises dans une atmosphère imprégnée de sacré et de mystère, comportant des initiations, des rituels spécifiques, des "secrets de métier".... (p83-84)

Gabriel Fourrier